Dans les musées, les toiles peintes sont des fenêtres intemporelles qui voient défiler foule de passants. Sans faiblir, les scènes peintes rayonnent doucement et immuablement leurs mystères avec patience. Le paysage, qu’il soit en majesté ou non, invite à sa contemplation, il est vagabond, psychique, reflet d’un climat pensé, porteur de symboles ou de secrets. Regarder, prendre le temps d’un indicible en dialogue, de mes yeux pour s’ouvrir vers l’invisible et la peinture vient s’offrir. Une immense gratitude m’envahit pour ce génie du don, de la ténacité, de la passion, qui ouvrent la voie de ma contemplation. Ses représentations apprivoisent mes perceptions humblement et magistralement là où se trouve ma foi en l’intelligence humaine. A 15 ans, je vivais à Florence. Selon sa lumière, la ville me semblait parfois très sombre et austère, et d’autres fois extrêmement pétillante et solaire, à l’égal des états d’âme de l’artiste qui de lui met tout en jeu. J’y ai vu Masaccio se diriger vers la chapelle Brancacci, Pontormo se glisser secrètement dans l’église Santa Félicita, l’ombre de Fra Angelico monter les marches du couvent San Marco et le regard perdu de Botticelli place de la Seigneurie, devant le grand feu. Puis tant d’autres de nous connus et inconnus qui ont foulés les pavés de la vie d’ombre et de lumière, cheminant sur le sentier solitaire de la peinture.
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L’air déborde de mots, des mots étonnants et beaux, qui flottent sans qu’on les aperçoive ni les entende avant d’être effacés par le temps. L’air déborde de mots, des mots porteurs d’histoires et de rêves reliés à l’éternité, offerts par des générations invisibles. Debra Calling Thunder, poésie
Geneviève Liautard, extrait de texte sur les « Ceps en Corps ». On le croirait muet mais parfois un murmure faible s’en échappe qui ne se décide pas entre la joie et la souffrance, vacille, marque la fin de l’attente. Et le pinceau l’entend, contourne, plie, dessine une première eau tendre et doucement coulante… Il hésite à nouer, à recouvrir, à envahir l’espace de la toile, attentif à ne pas remuer le silence. L’image qui se pose enfin le fait avec délicatesse.
Geneviève Liautard, extrait de texte sur les « Instants Volés » Mystère de la toile où une intimité se dessine ; léger malaise dont on ne sait d’où venu ; travail sur l’ombre et la lumière, inclusion d’êtres, hommes, femmes, bêtes, dans le foisonnement de la nature ; le pinceau inclusif joue à cacher puis révéler les présences, les mettre à distance dans une profondeur de champs, pour dire, l’humain réduit à ce corps dévêtu est la branche de l’arbre, l’épi de blé, le roseau.
Peindre l’instant d’un arrêt sur image, se frotter aux scènes mythiques, explorer au plus près, tenter de rendre l’imaginaire au réel, plonger l’icône dans notre vie quotidienne, toucher l’ordinaire de l’extraordinaire et sentir l’extraordinaire de l’ordinaire. Et l’impact d’un modèle devenu collectif sur nos propres perceptions.
Scènes en sous-bois de rencontres, d’exploration de nature intime et sauvage où nous invitent les bois, la nature. Portraits.